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dimanche, 07 février 2016

Marcelle Heuclin

Elle habitait dans le 9ème arrondissement  .

Assistante de Vlado Perlemuter, elle me donnait une heure de leçon particulière chaque semaine.

D'une très grande rigidité, elle était culpabilisante avec moi, qui, très jeune, tentait de comprendre toutes les subtilités contenues dans la musique, par exemple, dans les préludes et fugues de Bach qu'elle décidait de changer tous les quinze jours.

 Si  je n'avais pas compris assez vite à son gré, elle me renvoyait une image détestable de moi-même.

Par exemple, elle pensait que j'étais trop lente  pour transposer dans d'autres tonalités la fugue en do majeur ou celle en la b majeur dans le premier livre du clavier bien tempéré.

Ou bien elle me disait que je n'étais pas assez développée physiquement (j'avais 14 ans) pour jouer le  concerto de Schumann que m'avait demandé par ailleurs Vlado Perlemuter.

En bref, elle était d'une très grande exigence que j'appréciais si toutefois elle me laissait un peu de temps pour assimiler ses conseils de dragon.

Exigeante sur le texte. elle ne supportait pas la moindre erreur, elle avait  raison.

C'était plutôt sa manière de transmettre qui manquait de souplesse pour des jeunes élèves.

Bien-sûr elle devait bien avoir ses préférences et elle n'était pas du genre à avoir lu Jean Piaget, Françoise Dolto ou tout autre réflexion sur l'enfance ou l'adolescence, me semble-t-il.

Plus toute jeune lorsque je l'ai connu, (elle était à l'âge de la retraite)  Vlado Perlemuter  m'envoya travailler avec son autre assistante Suzanne Roche qui habitait à Montmartre.

Mais malgré la terreur qu'elle m'inspirait et qui malheureusement est restée longtemps, je résistais .

Le problème est qu' il n'est pas bon de travailler le piano ou toute autre discipline en ayant à lutter psychologiquement face à des agressions gratuites.

Malgré tout, elle m'a appris que l'on peut transposer des fugues de Bach (sans aucun conseil pour cela). Je devais le faire et point final.

Par contre, elle exigeait que je chante les voix séparées, excellent conseil.

Je me souviens de sa salle à manger où elle me faisait attendre lorsque la leçon précédente n'était pas finie. C'était un peu sombre.

Chez elle, on rencontrait rarement un autre élève. Il y avait un système de portes donnant sur l'entrée qui lui permettaient d'empêcher toute rencontre entre les gens qui défilaient chez elle, élèves ou autres.

C'était un professeur intraitable qui exigeait une totale soumission et une rigueur incroyable. Née en 1900, elle a vécu presque les 100 ans du siècle passé:

J'ai trouvé dans les archives du journal "L'humanité" du 2 Février 1996 l'entrefilet suivant, (il y a 20 ans déjà):

Mort de la pianiste Marcelle Heuclin

La pianiste et professeur de piano française Marcelle Heuclin vient de mourir à Paris à l'âge de quatre-vingt-seize ans. Elève de Lazare Levy et de Francis Planté, Marcelle Heuclin avait été de 1952 à 1972 l'assistante du pianiste Vlado Perlemurter au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris.

 

18:01 Écrit par nathalie dans Pédagogie, Rencontres | Commentaires (0)

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