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lundi, 28 août 2017

Après le concert d'orgue au grand temple d'Anduze le 24 août 2017

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Donné par l'organiste titulaire, Gautier Willm, et titré « La Réforme dans l’œuvre de Bach », le programme était consacré entièrement à l’œuvre de l'immense et toujours surprenant compositeur allemand.

Présenté par Monsieur Guy Granier, président de l'association et commenté par Monsieur Jacques Vigier , organiste en Cévennes, le concert, filmé et retransmis sur grand écran a permis de voir jouer l'organiste au plus grand plaisir des auditeurs nombreux.

Qualités nombreuses, sobriété, excellence sont au service des œuvres de Bach dans le jeu de Gautier Willm ainsi que dans le choix de ses registrations qui les mettent en valeur sur l'orgue du grand temple d'Anduze, lequel est particulièrement adapté à ce type de répertoire. D'un travail gigantesque est née une interprétation aux multiples couleurs, aux nuances mesurées par un tempérament discret et déterminé.

La réforme a réformé la messe et Luther bien que méfiant face à un légalisme pieux, sera amené à participer à l'organisation et l'élaboration du (nouveau)culte en 1523.

 La première messe allemande, célébrée en 1525 suit un cadre qui diffère largement de la messe catholique et ce nouveau plan, plus simple, servira au long des siècles suivants dans le luthéranisme et inspirera les œuvres de Bach dont la plus belle et la plus connue est la messe en si mineur.

Ce plan est le suivant :

  • Introït

  • Kyrie eleison (sans gloria)

  • Collecte (prière du jour)

  • Epitre

  • Graduel (cantique en langue allemande)

  • Evangile (lu dans une traduction allemande compréhensible pour tous)

  • Credo

  • Prédication

  • Notre Père

  • Exhortation à communier

  • Paroles prononcées sur le pain puis sur le vin

  • Prière d'action de grâce

  • Bénédiction

Deux grandes nouveautés furent l'introduction des langues vernaculaires et de nouveaux hymnes qui conduiront des générations de musiciens à la création de cantiques et d’œuvres inspirées des nouvelles mélodies de choral.

Pour les catholiques, la messe est le renouvellement du sacrifice du Christ, pour les protestants, le culte est vécu comme une célébration où l'eucharistie s'accomplit comme mémoire du Christ  et la prédication dite pour éclairer la parole.

 

Les pièces du Klavierübung III (Études pour le clavier) devaient remplir un vide dans le calendrier de l'année de l'église. Écrites en 1735 et publiées en 1739, elles étaient destinées au temps de « La trinité » ( les dimanches après la Pentecôte).

Issu de ce livre d'orgue , le prélude et la fugue BWV 552 en mi bémol Majeur encadrent la messe luthérienne , le prélude faisant office d'entrée des fidèles et la fugue étant jouée à la sortie. C'est dans cet idée que Mr Willm les a programmé en début et fin du concert.

« Le grand recueil est encadré du prélude et de la triple fugue en mi bémol. Le prélude en mi bémol lui, sert d'introduction et doit dépeindre, avec ses rythmes solennels et ses harmonies ensoleillées, la majesté et la sérénité du Dieu Éternel ; la triple fugue clôt l’œuvre et rappelle encore un fois, par ses trois parties, que le dogme fondamental est celui de la Trinité »

(Albert Schweitzer : J.S. Bach, le musicien-poète, 1905)

 

Ajoutons au commentaire ci-dessus que le choix des trois bémols à la clé symbolise la Trinité chez de nombreux compositeurs. En effet, souvent et dans plusieurs époques de l'histoire, les représentations symboliques permettaient de transmettre des messages claires.

Jean-Sébastien, profondément chrétien en a largement usé. Les références spirituelles sont multiples dans toute son œuvre. Il connaissait parfaitement les Écritures et en tant que serviteur de Dieu, sa musique est totalement consacré à la parole divine.

 

Faisant suite au prélude d'introduction, et tirés du même volume :

« Kyrie, Gott, Vater in Ewigke » (BWV 669) que l'on peut traduire : Dieu Père éternel, prends pitié de nous. Ce cantique s'adresse au Père.

« Les trois voix de commentaire, ascendantes ou inversées, entrent en fugato, s'entrecroisent, se chevauchent dans un monumental contrepoint pour préparer la quatrième entrée, au soprano en valeurs longues » (Guide de la musique d'orgue de Gilles Cantagrel )

 

« Christe aller Welt Trost » ( BWV670) Christ, consolation pour tout le monde. Ce cantique s'adresse au fils. Le cantus firmus (chant premier) est au ténor qui symbolise traditionnellement l'espérance, mais aussi l'homme souffrant, le fils fait homme. Plus poétique que le précédent, il emploie des figures plus légères que le précédent.

 

Kyrie, Gott heiliger Geist (BWV 671) Dieu Saint-Esprit, prends pitié de nous. Ce cantique s'adresse au Saint-Esprit. A cinq voix, le cantus firmus est à la basse, (voix du Christ et par extension de Dieu dans le symbolisme traditionnel). Très fourni, la musique emploie des rythmes de plus en plus animé ( blanches, noire, croches, etc ) et utilise une harmonie très changeante. A la fin, tout s'apaise malgré l'effet dramatique des modulations.

 

A ce stade du programme, nous étions déjà largement séduits et imprégnés par le magnifique message de paix et la beauté de la musique si mathématique et inspiratrice de J.S. Bach.

 

Le concert s'est poursuivi avec cinq autres pièces du maître allemand :

 

Le Choral de Leipzig : « Nun danket alle Gott » (BWV 657) Et maintenant louons tous notre Dieu. « Sur une mélodie de John Krüger, de 1648, ce cantique d'action de grâce n'a été traité qu'une seule fois pour orgue par Bach » (Gilles Catagrel)

 

La Fuga sopra il Magnificat (BWV 733) « C'est une grande fugue sur le Magnificat grégorien », à quatre puis cinq voix, la cinquième étant l'énoncé en valeurs longues au pédalier du cantus firmus. » (Guide de la musique d'orgue de Gilles Cantagrel)

 

L'Agnus Dei : « O Lamm Gottes unschuldig » (BWV 656) O Agneau de Dieu, innocent. « C'est un Agnus Dei luthérien, entonné trois fois comme dans la lithurgie catholique, le troisième se terminant par « donna nobis pacem » (donne-nous la paix).

Bach commente ici trois versets dans une vaste construction» (Gilles Cantagrel)

Les deux premiers aux claviers manuels et le troisième avec ajout du pédalier où le thème est énoncé à la basse.

 

Puis la triple fugue en mi bémol Majeur citée déjà plus haut (BWV 552).

« Comme le prélude, la fugue, marquée « A 5 pro Organo pleno » développe la symbolique trinitaire, puisqu'il s'agit en fait d'une triple fugue » (Gilles Cantagrel)

 

Pour terminer ce beau concert, Monsieur Gautier Willm ne s'est pas fait prier longtemps suite aux applaudissements, pour nous interpréter une pièce toujours écrite par J.S Bach : La Fantaisie-choral intitulée

« Valet will ich dir geben » (BWV 735) qui nous rappelle notre fragilité humaine devant la mort.

Cet hymne luthérien a été écrit par Valerius Herberger en 1613 avec une mélodie de Melchior Teschner.  

                                       Nathalie Decorde

 

00:08 Écrit par nathalie dans Concerts, enregistrements, Orgue | Commentaires (0)

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