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lundi, 20 mars 2017

Le jeu de montre

P1000552.JPG

Orgue de la Collégiale Saint-Martin à Saint-Rémy- de -Provence: cette photo est prise de la tribune.

 

Il n'est pas rare que diverses questions me soient posées.
 
Exemple de questions:
 
" C'est quoi ces tirettes?"
 
" C'est vrai qu'on joue avec les pieds?"
 
" Comment ça marche tous ces tuyaux?"
 
"Il faut pédaler avec les pieds, non?"
 
"Il y a de drôles de bidules, ça s'appelle comment, les boutons où y'a écrit un truc?"
 
"C'est pas trop compliqué de jouer là-dessus?"
 
La dernière question en date qui m'a été posée était charmante, les connaisseurs pourront apprécier:
 
"Il y a une montre qui donne l'heure?"
 
C'était une dame, qui m'avait gentiment apporté une partition à la tribune où je travaillais. Question logique n'est-ce-pas?
 
N'ayant pas le temps de lui expliquer, je lui ai dit que je répondrai un peu plus tard à sa question.
 
 
L'orgue n'étant généralement pas accessible au public (curieux ou non), il est évident que nombre de gens n'ont jamais vu un orgue de près, parfois sur des photos, mais la plupart du temps, ils n'y connaissent rien hormis qu'ils le voient dans les églises, en général perché, souvent très haut.
 
Si un organiste est en train de jouer, il leur arrive de s'asseoir et d'écouter un moment bien-sûr mais cela ne renseigne pas sur le fonctionnement d'autant que la plupart du temps, on ne voit pas jouer l'organiste.
 
Pour ceux qui assistent aux offices et ont donc plus l'habitude de l'entendre, nombre d'entre eux ne l'ont jamais vu de près non plus.
 
 Sans compter tous ceux qui ne rentrent jamais dans un édifice religieux mais dont la curiosité s'éveille s'il leur arrive de parler avec un organiste ou d'assister à un concert.
 
 Aujourd'hui, je vais tenter de répondre à cette dame, laquelle voulait savoir comment la montre donnait l'heure car ce jour-là, je n'avais pas beaucoup de temps devant moi, devant jouer pour un baptême.
 
Il y a bien-sûr de très nombreuses personnes qui savent se servir d'un orgue et de très nombreuses autres qui savent les construire, les entretenir sans compter ceux qui sont des amateurs éclairés sur la question.
 
Ceux-là n'apprendront pas grand chose au sujet de la montre qui donne l'heure.
 
En fait la réponse est simple: et je vous la donne avec les photographies.
 
Le mot "montre" inscrit sur le tirant de registre ou sur les étiquettes, indique que l'on peut mettre l'air en circulation, dans les tuyaux de façade lesquelles se montrent, d'où leur nom et qu'en effet tout le monde peut voir.
 
Voici deux autres photographies:
 
l'orgue de la cathédrale de Montpellier
 
l'orgue du temple de Saint-Hippolyte-du-Fort en Cévennes.091.JPG

orgue saint-Hippolyte-du-Fort 042.JPG

 
Donc pas d'heure, pas de machinerie d'horloge.
 
Toutefois, je vais apporter quelques infos supplémentaires.
 
La montre est un jeu d'orgue.
 
On entend par jeu une série de tuyaux de même timbre qui parlent sur toute l'étendue d'un clavier.
 
Le clavier peut être manuel ou de pédale.
Oui, oui, il y a un clavier pour les pieds.
 
Les jeux de montre sont des tuyaux à bouche, ouverts.
 
Selon la taille de l'orgue, on trouve des montres de 32, 16 ou 8 pieds, parfois de quatre (plus rare).
 
Car on mesure les tuyaux comme les anglais avec des pieds.
Gardons-nous cependant de penser que les orgues sont d'origine anglaise car le pied est une unité de mesure, de longueur plus exactement, qui correspond à celle d'un pied humain: 0,3048 mètres qui, dans l'histoire de l'humanité, est en fait la plus ancienne unité de mesure.
Elle existait déjà trois ou quatre siècles av JC.
L'empire britannique l'a conservée.
Si votre pied est de cette taille, vous pouvez calculer la longueur d'un tuyau d'orgue sans avoir recours à un mètre.
Cette hauteur est calculée depuis la bouche du tuyau. Mais ce n'est pas simple de marcher à la verticale, c'est moins dangereux de se servir de ses pieds pour mesure la distance du cochonnet à la boule au jeu de pétanque.
 
Les facteurs (fabricants d'orgue) ont gardé comme les anglais l'habitude de mesurer les tuyaux en pieds.
 
C'est la raison pour laquelle on peut voir écrit par exemple:
Montre 8 sur un tirant de registre ou sur une étiquette du registre.
Cette mesure correspond au tuyau le plus grave du jeu.
 
Les jeux de montre offrent une grande présence sonore aux tuyaux, qui chantent différemment de ceux qui sont enfermés, dont par exemple, les tuyaux bouchés, ou bourdons, lesquels sont plus doux mais comptent parmi les grands indispensables, car si le positionnement en façade constitue la partie visible de l'orgue, il existe de nombreux autres jeux cachés derrière ceux qui se montrent.
 
De plus, du fait qu'on les voit, les montres sont depuis des siècles, prétexte à de belles décorations, et sont encadrées dans de magnifiques buffets.
 
Elles ont une apparence très soignée, parfois peintes , les bouches peuvent être argentées ou dorées à la feuille. 
En étain, leur aspect est brillant, alors que les tuyaux cachés sont souvent d'un alliage moins riche (étain et plomb) de couleur grisâtre.
 
Enfin, l'utilisation de ces jeux varient selon le répertoire que l'on joue.
 
Cela s'appelle la registration.
 
 
 
 
 

21:47 Écrit par nathalie dans Les instruments de musique, Orgue | Commentaires (4)

vendredi, 17 mars 2017

Remerciements

Bonjour à tous

Ces remerciements comme redémarrage sur mon blog délaissé depuis de longs mois.

En effet, de nombreuses personnes m'ont contacté et laissé des messages auxquels je me suis efforcée de répondre, bien-sûr, mais ai-je assez remercié pour la gentillesse et parfois les éloges que j'ai reçu?

J'ai eu le plaisir également de retrouver d'anciens élèves, ou amis ou collègues de travail ainsi que des gens que je n'avais pas revu depuis parfois des décennies, amis de ma famille et amis d'enfance.

 Le blog est lu et j'en suis contente étonnée même parfois de l'intérêt qu'il suscite.

Encouragée à poursuivre, voici pour aujourd'hui mes pensées très amicales et artistiques.

 

19:25 Écrit par nathalie dans Remerciements | Commentaires (1)

vendredi, 24 juin 2016

Nathalie Decorde à Gif-sur-Yvette suite à la rencontre avec Gérald Bloncourt

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La première rencontre avec Gérald Bloncourt fut insolite et fort sympathique.

C'était lors d'une audition de piano de Madame Chalibert dans la banlieue parisienne.

J'avais été invitée par cette dame pour écouter ses élèves.

Gérald était là (avec son appareil photo) en tant que papa d'élève.

Il était gai avec ses yeux rieurs et son magnifique sourire.

Une petite connivence s'est installée:  regards  sur la vie, sur les enfants qui couraient dans le jardin après l'audition.

A la fin de l'après-midi, je fus invitée à jouer une gnossienne d'Eric Satie.

Après m'avoir écouté, Gérald m'a proposé de venir donner un concert au château de Gif sur Yvette, pour la CGT.

J'ai accepté spontanément.

A Gif, des formations étaient organisés par le syndicat et des activités culturelles étaient proposées,concerts, expositions, etc... il y avait un très grand piano à queue, laqué noir, de marque Pleyel dans une belle salle de concert.

J'ai joué Chopin Satie, Scarlatti, Schubert.

Gérald a pris des photos du récital.

http://bloncourtblog.net/

 

 

Nathalie_013.jpg

 

23:40 Écrit par nathalie dans Concerts, enregistrements, Rencontres | Commentaires (0)

Sergio Ortega

Sergio Ortega.jpg

https://www.youtube.com/watch?v=kvGamOcdFY8

Plus qu'un professeur, Sergio était un ami. Il se comportait comme tel dans tous les cas. Toujours attentionné, prévenant, compréhensif, délicat.

De nationalité chilienne, Sergio a composé pour Salvador Allende (We shall triumph).

Le chant "El pueblo unido" est devenu un symbole de liberté des peuples.

Après le coup d'état en 1973, il se réfugia en France.

Devenu directeur du conservatoire de Pantin, je l'ai rencontré dans le cours de composition qu'il donnait le jeudi où j'étais inscrite: "Musiques à l'encre fraîche".

Il y avait dans ce groupe de travail des personnes qui voulaient composer, plus ou moins confirmées. Avec son aide, son travail patient, ses idées pédagogiques de pointe et son immense talent, tout le monde avançait dans un projet collectif annuel très joyeux.

C'était un cours de composition mais pas un cours rébarbatif et très formel.

Il savait s'adapter à chacun et trouver des pistes de travail pour tous malgré les énormes différences d'âge, de niveau, de culture  (nationalités variées) qu'il y avait là entre les personnes présentes.

Il était très intelligent et d'une grande humilité dans son rapport à la musique.

Il aimait Schubert, nous citait au piano des passages des quatuors.

Sergio est décédé à Paris le 15 septembre 2003 à l'âge de 65 ans.

Son décès survenu trop tôt m'a laissé le coeur en deuil.

Quand je l'ai appris, je ne pouvais y croire et j'ai encore du mal à admettre qu'un homme aussi bon mais aussi un si excellent musicien ait pu nous quitter.

Les deux années passées dans son cours m'ont laissé un souvenir d'amitié, de générosité, d'intelligence.

Avec lui, j'ai progressé en tout.

J'ai découvert Nancarrow(compositeur américain,1912 1997) par exemple qu'il m'incitait à jouer et interpréter au piano.

Il m'a soutenu dans la composition de "Iras-tu"( poème de René Blieck) et d'autres petites pièces pour flûte ou clavecin.

J'ai arrangé pour choeur à quatre voix la chanson "Because" des Beatles.

J'ai appris que j'étais capable d'entendre des choses.

Le cours se passait au-dessus d'une école primaire et nous participions à notre manière aux heures de récréations, tous les cris, les jeux, les joies, les pleurs parfois d'enfants qui couraient partout car la salle n'était pas insonorisée.

Il s'amusait à reproduire au piano ce qu'il entendait de ces récréations et nous faisait rire souvent.

Le cours n'était pas conventionnel. Il commençait par des reconnaissances d'intervalles, d'accords, d'agrégats le matin, ensuite nous enchaînions sur des exercices de contrepoint, d'harmonie. Puis il jouait au piano le travail de chacun et apportait à ce moment-là ses avis pertinents pour tous.

Si nous utilisions systématiquement des accords consonnants, des tierces à foison dans la mélodie, il nous incitait toujours à plus de modernisme et d'inventivité.

Il savait se moquer de nous avec beaucoup d'humour. Je me souviens qu'il tournait parfois la partition à l'envers et disait:

" et comme ça?"

Nous avions des mises en loge régulières.

Les concerts et les répétitions également étaient plein de bonne humeur.

Le travail était sérieux mais tout le monde était décontracté grâce à lui et sa manière de diriger le conservatoire.

Il se plaignait parfois de manquer de budget mais se débrouillait toujours pour réaliser des merveilles.

Nous faisions des pauses café à la machine à café du conservatoire et des pauses restaurant dans le boui boui du coin très gaies avant de retourner travailler.

Un jour, il m'a offert une cassette audio avec un enregistrement de Quirivan pour violoncelle m'expliquant qu'il a écrit cette oeuvre en mémoire d'un ami assassiné sous le régime de Pinochet.

Cet homme fut attaché la tête vers le bas à un câble sous un hélicoptère et noyé dans la mer.

Il m'en a parlé avec beaucoup d'émotion.

J'ai toujours cette cassette.

Invitée chez lui plusieurs fois, j'en garde des souvenirs merveilleux Je me souviens par exemple d'un petit violoncelle dans un petit coin de sa maison. Son fils en jouait, ma fille également et il m'a montré un système afin que le violoncelle soit plus stable pour les petits.

 https://www.youtube.com/watch?v=ESFNdG_DpkE

http://www.leparisien.fr/seine-saint-denis/rendra-hommage-a-sergio-ortega-mercredi-19-09-2003-2004400965.php

 

https://www.youtube.com/watch?v=kvGamOcdFY8

23:11 Écrit par nathalie dans Rencontres | Commentaires (0)

Message de Bertrand Lemarchand

Message que  Bertrand Lemarchand m'a envoyé au sujet de Sergio Ortega (article dans les rencontres) Avec son aimable autorisation.

 

"Bonjour Nathalie,

Nous nous sommes sans doute rencontrés dans la classe d'écriture de Sergio Ortega (j'étais "élève" la dernière année 2002/2003 à Pantin. Je me permets de vous écrire après avoir lu votre texte sur Sergio.

Je l'ai trouvé très juste et j'ai retrouvé toute l'humanité et la liberté qui régnait dans son cours. Je n'ai passé qu'une saison à ses côtés et j'ai compris cette année là, que je serais marqué et influencé pour le restant de ma vie.

Comme vous, j'ai été très affecté par sa mort, il m'a fallu bien des années pour en faire le deuil et je n'ai qu'un regret, c'est de ne pas l'avoir remercié suffisamment de son vivant. J'ai récemment enregistré un disque de mes compositions et Sergio bien sûr, n'est pas étranger à ce travail.

Ca été pour moi, l'occasion de faire enfin ces remerciements.

Merci encore pour votre texte.  Bertrand Lemarchand"

Bien cordialement,

Site : http://www.bertrandlemarchand.fr

22:41 Écrit par nathalie dans Les compositeurs, Rencontres | Commentaires (0)