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jeudi, 08 juin 2017

Jouer du piano

 Jouer du piano

 

    Il y a des vérités premières pour jouer du piano. Outre des qualités à développer telle la patience pour servir un bon travail, tirer le son du bout de ses doigts ne s’improvise pas en quelques heures mais se construit tout au long de la vie avec beaucoup de détermination.

Sonorité, style, élégance du phrasé, plénitude des accords, noblesse du rythme, équilibre des proportions, respect des traditions, sens de la couleur et du timbre, résonance harmonique, relief, souplesse, facilité des gestes, doigté, décontraction, liberté, articulation du texte, on n’a jamais cessé de réfléchir pour obtenir toujours plus de beauté.

Le toucher est un art à part entière.

Les doigts doivent servir au « parler des notes » puis au « perler des notes », et parvenir à marcher, courir, flâner... sur le clavier en tous sens sans rudesse mais avec grande fermeté, aisance permanente et sécurité absolue.

L’agilité donc ne vient pas en quelques heures ni l’indépendance des doigts, ni l’indépendance des gestes, ni l’indépendance des mains.

Et si c’est avant tout l’oreille qui guide l’organisation musicale, c'est l'intelligence qui crée la mise en scène. Car il ne suffit pas de posséder une grande virtuosité si elle ne se met pas au service du sens à donner à ce que l’on joue et à ce que l'on veut offrir à soi et au monde.

En établissant une bonne hiérarchie des éléments de travail, on peut tout obtenir.

Se poser les bonnes questions pour obtenir la beauté n'est jamais perte de temps.

Par ailleurs, il ne faut pas oublier que pour obtenir un beau toucher, il faut absolument réfléchir et travailler sur l'équilibre et le poids du corps que l'on transmet au touches, les positionnement et les vitesses d'attaque des bras, des poignets et des doigts.

Sans oublier avec modestie le temps, ce facteur premier dans lequel se déroule immanquablement la musique et notre vie.

Donc ne pas perdre de temps avec de mauvaises habitudes et une technique défectueuse.

Cherchez et vous trouverez, disait Matthieu l'évangéliste. 

Et pas besoin de croire en Dieu pour vérifier la vérité de cette sage phrase.

                                                         Nathalie Decorde Le Vigan , le 8 juin 2017

 

02:26 Écrit par nathalie dans Pédagogie, Piano | Commentaires (0)

samedi, 25 mars 2017

Vlado Perlemuter (première rencontre)

J'avais 14 ans lorsque je le rencontrais pour la première fois dans son appartement de Paris.

Deux pianos à queue noirs s'imbriquaient l'un dans l'autre dans son salon de musique.

J'étais timide, mais pas trop, étonnée mais sans plus.

Il m'accueillit très aimablement et me demanda ce que j'allais lui jouer.

J'avais à mon actif, une étude de Moskowski,( lequel avait été le professeur de Perlemuter) des doigts fort entraînés et une forte volonté .

C'était en septembre.

Il me dit après m'avoir entendu, que je pouvais passer le concours d'entrée rue de Madrid.

Il était intéressé et me laissa entendre que je travaillerai probablement avec lui dans cette prestigieuse maison qu'est le conservatoire de Paris. C'est ce qui arriva un peu plus tard après que j'aie réussi le concours.

Après m'avoir encouragé et remercié , il me demanda de l'écouter . Il ne s'assit pas complètement devant son piano mais un peu décalé, le tabouret un peu de travers, il me joua une note, seulement une.

Je m'en souviens encore tant cette note était belle. C'était un si bémol.

Un si bémol joué par Vlado Perlemuter sur son Steinway, voilà qui pouvait me plaire!

Il m'expliqua qu'il y a des milliers de façons de produire cette note, des centaines d'attaques possibles.

Avec chacun des dix doigts, avec des intensités différentes, en caressant la touche ou en "la prenant de haut" (là, il se mit à rire), en la soignant et en l'écoutant, etc..

Puis il me dit:

"Voyez, Nathalie, chacune des notes que vous jouez doit être aussi belle que celle-ci".

Il suffit de s'appliquer à bien les prononcer l'une dernière l'autre".

Puis il s'assit plus confortablement devant le piano et me joua un passage de la première ballade de Chopin.

A ce moment-là, je fus beaucoup plus impressionnée qu'à mon entrée dans la pièce.

La musique était si belle, elle résonnait parfaitement, elle était comme il faut, à sa place, et je fus profondément émue par les sonorités qui se dégageaient du piano.

En l'entendant, j'ai grandi d'un coup.

J'ai pris conscience d'une chose très importante, c'était la production du son.

Il jouait avec une telle aisance, et moi je comprenais en l'écoutant et en le regardant que résidaient de grands secrets dans le jeu du piano :  toucher, phrasé, nuances parlaient à mon corps.

Je réalisais aussi que j'avais droit à un petit concert privé.

Cela se reproduisit souvent durant le temps de mes études avec lui. Il aimait se mettre au piano pour me montrer comment m'y prendre et il me disait ensuite: "Faites comme moi, Nathalie".

 

 

23:03 Écrit par nathalie dans Interprétation, Pédagogie, Piano, Rencontres | Commentaires (0)

jeudi, 05 mai 2016

Saint-Hyppolite-du-Fort

Le dimanche 8 Mai 2016

 damedi 2 avril 2016 020.JPG
A 17 heures, Gauthier WILLM nous fera entendre l'orgue qui fait la
fierté de notre localité, dans un programme BACH ou MENDELSOHN...
 

A la suite, Nathalie DECORDE nous fera entendre, en guise
d'inauguration, le superbe piano ERARD 1/2 queue qui nous a été
offert, dans un programme de préludes de CHOPIN.

 

 

 

 

 

 

Au sujet des Préludes de Chopin

Par Nathalie Decorde

 

       Lorsque Didier Guiraud m’a demandé d’inaugurer le piano qui est arrivé dans le temple, j’ai pensé jouer des préludes, car ces pièces servaient à l’origine à tester les instruments.

Comment cette idée est venue dans ma tête, je ne sais, toujours est-il que j’ai commencé à chercher quels préludes j’allais jouer, j’ai pensé bien-sûr aux préludes et fugues de J.S Bach puis… à Chopin. Je n’avais encore jamais travaillé le cycle des 24 préludes. Comme tout pianiste qui se respecte, je les avais bien-sûr déchiffrés. Voilà donc un mois que ces 24 pièces occupent mon esprit et mon corps et ma mémoire est en chantier.

De l’opus 28, parus en 1839, il existe un autographe de chacun des 24 morceaux.

Fontana, ami fidèle de Chopin fit une copie qui servit de modèle à l’édition allemande. Cette copie et les autographes sont les sources principales.

D’autres documents se trouvent dans des bibliothèques de Munich, Varsovie, Paris, Berne, Bâle.

Lorsque Chopin part à Majorque avec George Sand, il tâche de remplir le contrat passé avec Camille Pleyel, dédicataire et éditeur des 24 préludes, cela, malgré la maladie qui retarde le travail.

Le 3 décembre 1838, il écrit à Fontana :

« Je ne puis pas t’envoyer les manuscrits, car ils ne sont pas encore prêts. Pendant les trois dernières semaines, j’avais été malade comme un chien, malgré la chaleur de dix-huit degrés, malgré les roses, les orangers, les palmiers, les figuiers en fleurs. J’avais pris très froid…. »

Il expédia les préludes le 12 janvier 1839.

Cette collection de pièces est écrite selon le cycle des quintes, chaque ton majeur suivi de son relatif mineur. Ils diffèrent en cela des préludes et fugues de Jean Sébastien Bach classés dans un ordre chromatique et auxquels Chopin rend hommage.

Chopin qui admirait J.S. Bach qu’il avait découvert très jeune grâce à son premier professeur de piano, Adalbert Zwyny,  jouait chaque jour les Préludes et Fugues du Clavier bien Tempéré qu’il transposait volontiers et connaissait par cœur.

Les préludes de Chopin, eux, ne préludent à rien, n’introduisent pas de fugues.

Il fait plus court, plus instantané.

Ils se suffisent à eux-mêmes.

Extrêmement variés, ils nécessitent un toucher très maîtrisé à chaque note.

Economie et concision, ils sont une suite d’esquisses infaillibles ou mathématique et spiritualité se rejoignent.

Réminiscences, danses, chants, frémissements du vent ou de l’âme, vagues, promenades en mer ou champêtres, la source, l’oiseau, tout l’inspire.

On peut les considérer comme une naissance du mouvement impressionniste mais comme disait Debussy :

« La musique de Chopin échappe au jeu des classifications ».

 « Admirables par leur diversité, le travail et le savoir qui s’y trouvent ne sont appréciables qu’en un scrupuleux examen. Tout semble de premier jet, d’élan, de soudaine venue. Ils ont la libre et grande allure qui caractérisent les œuvres de génie » (Franz Liszt)

Tout y est pensé très soigneusement.

Ils sont en effet riches: passion, révolte colère, sentiment de l’inexorable, plainte, tendresse, inquiétude, intériorité, sérénité…

Parfois on touche les portes de l’enfer ou de l’extrême.

Jusqu’à jeudi 5 mai, je ne savais pas encore lesquels j’allais jouer dimanche 8, mais il a fallu prendre une décision. J’en jouerai dix.

Le premier en do majeur est un tendre agitato avec un chant de ténor doublé au à l’unisson au soprano.

Le deuxième en la mineur est probablement le plus  tendu psychologiquement qu’Ingmar Bergman met en valeur dans son film « Sonate d’Automne ». L’ambiance désincarnée est lugubre et surprenante.

Le troisième en sol majeur est plus joyeux et très technique, la main gauche créant des arabesques rapides  et incessantes.

Le quatrième en mi mineur (l’un des plus connus) est plus apaisant, il est basé sur une progression harmonique chromatique en accords répétés.  Gainsbourg par exemple l’a repris pour la chanson « Jane B ».

Le sixième en si mineur est une sorte de barcarolle où Chopin laisse parler le violoncelle, instrument qu’il affectionnait particulièrement. L’une des œuvres les plus connus. Ces deux-là (N° 4 et 6) furent joués au grand orgue de la Madeleine à Paris par Lefébure-Wély lors des obsèques de Chopin.

Le septième en la Majeur est une petite mazurka, comme un clin d’œil à son pays natal. C’est le plus court des préludes.

Le neuvième en mi majeur est délibérément dans les basses, un chant profond et puissant.

Le onzième  en si majeur, vivace, est plutôt plein de joie, de gaieté et de légèreté auquel contribue le rythme à 6/8, volontairement instable avec des hémioles écrites dans certaines mesures (3+3 devenant 2+2+2). Assez difficile à maîtriser sur les touches noires

Le quinzième en ré b majeur (dit le prélude de la goutte d’eau, terme qui aurait fâché Chopin car il détestait tout l’ensemble sottisier qu’on attribuait à sa musique) est plus proche des nocturnes, c’est le plus long des préludes.

Le vingtième en do mineur est un magnifique prélude de choral, (une marche funèbre selon Hans de Bullow) qui a inspiré de nombreux musiciens : Rachmaninoff et Busoni en ont fait des variations,  et plus près de nous, Alain Chamfort, Jean-Luc Ponty, Funeral Doom Metal, the pianoGuys, Ken Skinner … et d’autres encore.  Solennité et tristesse. Une beauté inégalable.

Le vingt-deuxième en sol mineur  est une expression de colère et de force qui semble nous rappeler que Chopin n’a jamais oublié l’occupation de la Pologne.

Qu'on s'imagine une harpe éolienne possédant toute la gamme des tons, et que la main d'un artiste enchevêtre ces tons de fantastiques ornements de telle sorte qu'une profonde note fondamentale ne cesse de se faire entendre ainsi que le doux chant d'une note plus haute, qu'on essaie de se figurer tout cela, et l'on se fera à peu près une idée du jeu de Chopin. (Schumann)

 

 

23:18 Écrit par nathalie dans Concerts, enregistrements, Piano | Commentaires (0)

mercredi, 02 janvier 2013

Sviatoslav Richter

Rares sont les gens qui l'ont entendu qui n'ont pas aimé et admiré son jeu de piano.

Considéré comme l'un des géants du piano au XXème siècle, il a subjugué les foules.

Jacques Coulaud, mon professeur au conservatoire de Versailles, immense pianiste lui aussi, me disait quand j'avais 12 ans:

"Ecoute-le et fais comme lui"

Evidemment!

Je l'ai écouté sans jamais imaginé  faire comme lui.

Plus modestement j'ai essayé de faire comme je pouvais et de me perfectionner chaque jour de ma vie.

22:04 Écrit par nathalie dans Piano | Commentaires (0)