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vendredi, 24 juin 2016

Nathalie Decorde à Gif-sur-Yvette suite à la rencontre avec Gérald Bloncourt

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La première rencontre avec Gérald Bloncourt fut insolite et fort sympathique.

C'était lors d'une audition de piano de Madame Chalibert dans la banlieue parisienne.

J'avais été invitée par cette dame pour écouter ses élèves.

Gérald était là (avec son appareil photo) en tant que papa d'élève.

Il était gai avec ses yeux rieurs et son magnifique sourire.

Une petite connivence s'est installée:  regards  sur la vie, sur les enfants qui couraient dans le jardin après l'audition.

A la fin de l'après-midi, je fus invitée à jouer une gnossienne d'Eric Satie.

Après m'avoir écouté, Gérald m'a proposé de venir donner un concert au château de Gif sur Yvette, pour la CGT.

J'ai accepté spontanément.

A Gif, des formations étaient organisés par le syndicat et des activités culturelles étaient proposées,concerts, expositions, etc... il y avait un très grand piano à queue, laqué noir, de marque Pleyel dans une belle salle de concert.

J'ai joué Chopin Satie, Scarlatti, Schubert.

Gérald a pris des photos du récital.

http://bloncourtblog.net/

 

 

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23:40 Écrit par nathalie dans Concerts, enregistrements, Rencontres

Sergio Ortega

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https://www.youtube.com/watch?v=kvGamOcdFY8

Plus qu'un professeur, Sergio était un ami. Il se comportait comme tel dans tous les cas. Toujours attentionné, prévenant, compréhensif, délicat.

De nationalité chilienne, Sergio a composé pour Salvador Allende (We shall triumph).

Le chant "El pueblo unido" est devenu un symbole de liberté des peuples.

Après le coup d'état en 1973, il se réfugia en France.

Devenu directeur du conservatoire de Pantin, je l'ai rencontré dans le cours de composition qu'il donnait le jeudi où j'étais inscrite: "Musiques à l'encre fraîche".

Il y avait dans ce groupe de travail des personnes qui voulaient composer, plus ou moins confirmées. Avec son aide, son travail patient, ses idées pédagogiques de pointe et son immense talent, tout le monde avançait dans un projet collectif annuel très joyeux.

C'était un cours de composition mais pas un cours rébarbatif et très formel.

Il savait s'adapter à chacun et trouver des pistes de travail pour tous malgré les énormes différences d'âge, de niveau, de culture  (nationalités variées) qu'il y avait là entre les personnes présentes.

Il était très intelligent et d'une grande humilité dans son rapport à la musique.

Il aimait Schubert, nous citait au piano des passages des quatuors.

Sergio est décédé à Paris le 15 septembre 2003 à l'âge de 65 ans.

Son décès survenu trop tôt m'a laissé le coeur en deuil.

Quand je l'ai appris, je ne pouvais y croire et j'ai encore du mal à admettre qu'un homme aussi bon mais aussi un si excellent musicien ait pu nous quitter.

Les deux années passées dans son cours m'ont laissé un souvenir d'amitié, de générosité, d'intelligence.

Avec lui, j'ai progressé en tout.

J'ai découvert Nancarrow(compositeur américain,1912 1997) par exemple qu'il m'incitait à jouer et interpréter au piano.

Il m'a soutenu dans la composition de "Iras-tu"( poème de René Blieck) et d'autres petites pièces pour flûte ou clavecin.

J'ai arrangé pour choeur à quatre voix la chanson "Because" des Beatles.

J'ai appris que j'étais capable d'entendre des choses.

Le cours se passait au-dessus d'une école primaire et nous participions à notre manière aux heures de récréations, tous les cris, les jeux, les joies, les pleurs parfois d'enfants qui couraient partout car la salle n'était pas insonorisée.

Il s'amusait à reproduire au piano ce qu'il entendait de ces récréations et nous faisait rire souvent.

Le cours n'était pas conventionnel. Il commençait par des reconnaissances d'intervalles, d'accords, d'agrégats le matin, ensuite nous enchaînions sur des exercices de contrepoint, d'harmonie. Puis il jouait au piano le travail de chacun et apportait à ce moment-là ses avis pertinents pour tous.

Si nous utilisions systématiquement des accords consonnants, des tierces à foison dans la mélodie, il nous incitait toujours à plus de modernisme et d'inventivité.

Il savait se moquer de nous avec beaucoup d'humour. Je me souviens qu'il tournait parfois la partition à l'envers et disait:

" et comme ça?"

Nous avions des mises en loge régulières.

Les concerts et les répétitions également étaient plein de bonne humeur.

Le travail était sérieux mais tout le monde était décontracté grâce à lui et sa manière de diriger le conservatoire.

Il se plaignait parfois de manquer de budget mais se débrouillait toujours pour réaliser des merveilles.

Nous faisions des pauses café à la machine à café du conservatoire et des pauses restaurant dans le boui boui du coin très gaies avant de retourner travailler.

Un jour, il m'a offert une cassette audio avec un enregistrement de Quirivan pour violoncelle m'expliquant qu'il a écrit cette oeuvre en mémoire d'un ami assassiné sous le régime de Pinochet.

Cet homme fut attaché la tête vers le bas à un câble sous un hélicoptère et noyé dans la mer.

Il m'en a parlé avec beaucoup d'émotion.

J'ai toujours cette cassette.

Invitée chez lui plusieurs fois, j'en garde des souvenirs merveilleux Je me souviens par exemple d'un petit violoncelle dans un petit coin de sa maison. Son fils en jouait, ma fille également et il m'a montré un système afin que le violoncelle soit plus stable pour les petits.

 https://www.youtube.com/watch?v=ESFNdG_DpkE

http://www.leparisien.fr/seine-saint-denis/rendra-hommage-a-sergio-ortega-mercredi-19-09-2003-2004400965.php

 

https://www.youtube.com/watch?v=kvGamOcdFY8

23:11 Écrit par nathalie dans Rencontres

Message de Bertrand Lemarchand

Message que  Bertrand Lemarchand m'a envoyé au sujet de Sergio Ortega (article dans les rencontres) Avec son aimable autorisation.

 

"Bonjour Nathalie,

Nous nous sommes sans doute rencontrés dans la classe d'écriture de Sergio Ortega (j'étais "élève" la dernière année 2002/2003 à Pantin. Je me permets de vous écrire après avoir lu votre texte sur Sergio.

Je l'ai trouvé très juste et j'ai retrouvé toute l'humanité et la liberté qui régnait dans son cours. Je n'ai passé qu'une saison à ses côtés et j'ai compris cette année là, que je serais marqué et influencé pour le restant de ma vie.

Comme vous, j'ai été très affecté par sa mort, il m'a fallu bien des années pour en faire le deuil et je n'ai qu'un regret, c'est de ne pas l'avoir remercié suffisamment de son vivant. J'ai récemment enregistré un disque de mes compositions et Sergio bien sûr, n'est pas étranger à ce travail.

Ca été pour moi, l'occasion de faire enfin ces remerciements.

Merci encore pour votre texte.  Bertrand Lemarchand"

Bien cordialement,

Site : http://www.bertrandlemarchand.fr

22:41 Écrit par nathalie dans Les compositeurs, Rencontres

jeudi, 05 mai 2016

Saint-Hyppolite-du-Fort

Le dimanche 8 Mai 2016

 damedi 2 avril 2016 020.JPG
A 17 heures, Gauthier WILLM nous fera entendre l'orgue qui fait la
fierté de notre localité, dans un programme BACH ou MENDELSOHN...
 

A la suite, Nathalie DECORDE nous fera entendre, en guise
d'inauguration, le superbe piano ERARD 1/2 queue qui nous a été
offert, dans un programme de préludes de CHOPIN.

 

 

 

 

 

 

Au sujet des Préludes de Chopin

Par Nathalie Decorde

 

       Lorsque Didier Guiraud m’a demandé d’inaugurer le piano qui est arrivé dans le temple, j’ai pensé jouer des préludes, car ces pièces servaient à l’origine à tester les instruments.

Comment cette idée est venue dans ma tête, je ne sais, toujours est-il que j’ai commencé à chercher quels préludes j’allais jouer, j’ai pensé bien-sûr aux préludes et fugues de J.S Bach puis… à Chopin. Je n’avais encore jamais travaillé le cycle des 24 préludes. Comme tout pianiste qui se respecte, je les avais bien-sûr déchiffrés. Voilà donc un mois que ces 24 pièces occupent mon esprit et mon corps et ma mémoire est en chantier.

De l’opus 28, parus en 1839, il existe un autographe de chacun des 24 morceaux.

Fontana, ami fidèle de Chopin fit une copie qui servit de modèle à l’édition allemande. Cette copie et les autographes sont les sources principales.

D’autres documents se trouvent dans des bibliothèques de Munich, Varsovie, Paris, Berne, Bâle.

Lorsque Chopin part à Majorque avec George Sand, il tâche de remplir le contrat passé avec Camille Pleyel, dédicataire et éditeur des 24 préludes, cela, malgré la maladie qui retarde le travail.

Le 3 décembre 1838, il écrit à Fontana :

« Je ne puis pas t’envoyer les manuscrits, car ils ne sont pas encore prêts. Pendant les trois dernières semaines, j’avais été malade comme un chien, malgré la chaleur de dix-huit degrés, malgré les roses, les orangers, les palmiers, les figuiers en fleurs. J’avais pris très froid…. »

Il expédia les préludes le 12 janvier 1839.

Cette collection de pièces est écrite selon le cycle des quintes, chaque ton majeur suivi de son relatif mineur. Ils diffèrent en cela des préludes et fugues de Jean Sébastien Bach classés dans un ordre chromatique et auxquels Chopin rend hommage.

Chopin qui admirait J.S. Bach qu’il avait découvert très jeune grâce à son premier professeur de piano, Adalbert Zwyny,  jouait chaque jour les Préludes et Fugues du Clavier bien Tempéré qu’il transposait volontiers et connaissait par cœur.

Les préludes de Chopin, eux, ne préludent à rien, n’introduisent pas de fugues.

Il fait plus court, plus instantané.

Ils se suffisent à eux-mêmes.

Extrêmement variés, ils nécessitent un toucher très maîtrisé à chaque note.

Economie et concision, ils sont une suite d’esquisses infaillibles ou mathématique et spiritualité se rejoignent.

Réminiscences, danses, chants, frémissements du vent ou de l’âme, vagues, promenades en mer ou champêtres, la source, l’oiseau, tout l’inspire.

On peut les considérer comme une naissance du mouvement impressionniste mais comme disait Debussy :

« La musique de Chopin échappe au jeu des classifications ».

 « Admirables par leur diversité, le travail et le savoir qui s’y trouvent ne sont appréciables qu’en un scrupuleux examen. Tout semble de premier jet, d’élan, de soudaine venue. Ils ont la libre et grande allure qui caractérisent les œuvres de génie » (Franz Liszt)

Tout y est pensé très soigneusement.

Ils sont en effet riches: passion, révolte colère, sentiment de l’inexorable, plainte, tendresse, inquiétude, intériorité, sérénité…

Parfois on touche les portes de l’enfer ou de l’extrême.

Jusqu’à jeudi 5 mai, je ne savais pas encore lesquels j’allais jouer dimanche 8, mais il a fallu prendre une décision. J’en jouerai dix.

Le premier en do majeur est un tendre agitato avec un chant de ténor doublé au à l’unisson au soprano.

Le deuxième en la mineur est probablement le plus  tendu psychologiquement qu’Ingmar Bergman met en valeur dans son film « Sonate d’Automne ». L’ambiance désincarnée est lugubre et surprenante.

Le troisième en sol majeur est plus joyeux et très technique, la main gauche créant des arabesques rapides  et incessantes.

Le quatrième en mi mineur (l’un des plus connus) est plus apaisant, il est basé sur une progression harmonique chromatique en accords répétés.  Gainsbourg par exemple l’a repris pour la chanson « Jane B ».

Le sixième en si mineur est une sorte de barcarolle où Chopin laisse parler le violoncelle, instrument qu’il affectionnait particulièrement. L’une des œuvres les plus connus. Ces deux-là (N° 4 et 6) furent joués au grand orgue de la Madeleine à Paris par Lefébure-Wély lors des obsèques de Chopin.

Le septième en la Majeur est une petite mazurka, comme un clin d’œil à son pays natal. C’est le plus court des préludes.

Le neuvième en mi majeur est délibérément dans les basses, un chant profond et puissant.

Le onzième  en si majeur, vivace, est plutôt plein de joie, de gaieté et de légèreté auquel contribue le rythme à 6/8, volontairement instable avec des hémioles écrites dans certaines mesures (3+3 devenant 2+2+2). Assez difficile à maîtriser sur les touches noires

Le quinzième en ré b majeur (dit le prélude de la goutte d’eau, terme qui aurait fâché Chopin car il détestait tout l’ensemble sottisier qu’on attribuait à sa musique) est plus proche des nocturnes, c’est le plus long des préludes.

Le vingtième en do mineur est un magnifique prélude de choral, (une marche funèbre selon Hans de Bullow) qui a inspiré de nombreux musiciens : Rachmaninoff et Busoni en ont fait des variations,  et plus près de nous, Alain Chamfort, Jean-Luc Ponty, Funeral Doom Metal, the pianoGuys, Ken Skinner … et d’autres encore.  Solennité et tristesse. Une beauté inégalable.

Le vingt-deuxième en sol mineur  est une expression de colère et de force qui semble nous rappeler que Chopin n’a jamais oublié l’occupation de la Pologne.

Qu'on s'imagine une harpe éolienne possédant toute la gamme des tons, et que la main d'un artiste enchevêtre ces tons de fantastiques ornements de telle sorte qu'une profonde note fondamentale ne cesse de se faire entendre ainsi que le doux chant d'une note plus haute, qu'on essaie de se figurer tout cela, et l'on se fera à peu près une idée du jeu de Chopin. (Schumann)

 

 

23:18 Écrit par nathalie dans Concerts, enregistrements, Piano

dimanche, 07 février 2016

Marcelle Heuclin

Elle habitait dans le 9ème arrondissement  .

Assistante de Vlado Perlemuter, elle me donnait une heure de leçon particulière chaque semaine.

D'une très grande rigidité, elle était culpabilisante avec moi, qui, très jeune, tentait de comprendre toutes les subtilités contenues dans la musique, par exemple, dans les préludes et fugues de Bach qu'elle décidait de changer tous les quinze jours.

 Si  je n'avais pas compris assez vite à son gré, elle me renvoyait une image détestable de moi-même.

Par exemple, elle pensait que j'étais trop lente  pour transposer dans d'autres tonalités la fugue en do majeur ou celle en la b majeur dans le premier livre du clavier bien tempéré.

Ou bien elle me disait que je n'étais pas assez développée physiquement (j'avais 14 ans) pour jouer le  concerto de Schumann que m'avait demandé par ailleurs Vlado Perlemuter.

En bref, elle était d'une très grande exigence que j'appréciais si toutefois elle me laissait un peu de temps pour assimiler ses conseils de dragon.

Exigeante sur le texte. elle ne supportait pas la moindre erreur, elle avait  raison.

C'était plutôt sa manière de transmettre qui manquait de souplesse pour des jeunes élèves.

Bien-sûr elle devait bien avoir ses préférences et elle n'était pas du genre à avoir lu Jean Piaget, Françoise Dolto ou tout autre réflexion sur l'enfance ou l'adolescence, me semble-t-il.

Plus toute jeune lorsque je l'ai connu, (elle était à l'âge de la retraite)  Vlado Perlemuter  m'envoya travailler avec son autre assistante Suzanne Roche qui habitait à Montmartre.

Mais malgré la terreur qu'elle m'inspirait et qui malheureusement est restée longtemps, je résistais .

Le problème est qu' il n'est pas bon de travailler le piano ou toute autre discipline en ayant à lutter psychologiquement face à des agressions gratuites.

Malgré tout, elle m'a appris que l'on peut transposer des fugues de Bach (sans aucun conseil pour cela). Je devais le faire et point final.

Par contre, elle exigeait que je chante les voix séparées, excellent conseil.

Je me souviens de sa salle à manger où elle me faisait attendre lorsque la leçon précédente n'était pas finie. C'était un peu sombre.

Chez elle, on rencontrait rarement un autre élève. Il y avait un système de portes donnant sur l'entrée qui lui permettaient d'empêcher toute rencontre entre les gens qui défilaient chez elle, élèves ou autres.

C'était un professeur intraitable qui exigeait une totale soumission et une rigueur incroyable. Née en 1900, elle a vécu presque les 100 ans du siècle passé:

J'ai trouvé dans les archives du journal "L'humanité" du 2 Février 1996 l'entrefilet suivant, (il y a 20 ans déjà):

Mort de la pianiste Marcelle Heuclin

La pianiste et professeur de piano française Marcelle Heuclin vient de mourir à Paris à l'âge de quatre-vingt-seize ans. Elève de Lazare Levy et de Francis Planté, Marcelle Heuclin avait été de 1952 à 1972 l'assistante du pianiste Vlado Perlemurter au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris.

 

18:01 Écrit par nathalie dans Pédagogie, Rencontres